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L'ENFER DU NORD

On règle l'alarme pour être certain de ne pas manquer une minute de pavés et quand la course est terminée, on est plein d'adrénaline et prêt à rouler. Mais quelle est la meilleure manière de se mettre à l'épreuve lorsqu'on n'a pas accès à la tranchée d'Arenberg ? C'est tout simple. En se faisant son propre Paris-Roubaix à côté de chez soi.

Le parcours : Paris-Roubaix

L'ENFER DU NORD

Les coureurs affichent le masque de la souffrance. Leur corps porte les stigmates de toutes les luttes. On regarde la course en direct depuis son canapé, son lit, ou encore la cuisine en préparant le petit-déjeuner, captivé par la danse des biceps au-dessus des pavés de Paris-Roubaix. Alors que les coureurs foncent à travers la forêt d'Arenberg, on construit des autels invisibles à la gloire de ces rois et martyrs du pavé, rêvant d'être aussi dur, solide et tenace sur un vélo. Impossible de s'en détacher. C'est beau. C'est sublimement laid. Ça donne envie de se battre. Allons-y ! Dès qu'humainement possible, peut-être au moment même où les coureurs arrivent dans les douches du vélodrome de Roubaix, mettons-nous en selle. Allons chercher l'adrénaline et célébrer la gloire de Paris-Roubaix de la seule manière que nous connaissons : en se tirant la bourre à vélo. Mais où ? Comment ? Voici quelques conseils sur comment préparer et exécuter votre propre Paris-Roubaix local. Oubliez l'enfer du Nord, bienvenue dans votre propre enfer du Nor(mal).

PRÉPARATION DE L'ITINÉRAIRE

Les pavés de Paris-Roubaix sont des dents de pierre qui n'attendent que de vous déchirer les mollets. Sur certains secteurs des plus hautes catégories, c'est comme si un paysan sadique avait simplement éparpillés les paves sur le sol comme on donnerait des grains de granite à des pigeons mangeurs de pierre. Le reste de l'année, ces chemins sont surtout empruntés par des tracteurs qui défoncent les pavés et taillent des ornières qui anéantissent les rêves et espoirs des aspirants vainqueurs de Paris-Roubaix. L'édition 2016 de Paris-Roubaix offre 25 secteurs pavés, le premier commençant vers le kilomètre 100. Chaque secteur reçoit une note entre 1 et 5, du plus facile au plus difficile. La catégorie prend en compte la longueur du secteur et la régularité de la surface, ainsi que l’état et l’emplacement des pavés.

Je ne vous dis cela en vue d'un test futur, mais parce que, en tant que directeur de course en fauteuil, vous devez garder la difficulté du pavé à l'esprit lorsque vous préparez votre enfer du Nor(mal). N'oubliez jamais : ce qui compte, ce n'est pas la qualité du matériau, c'est l'intensité de la souffrance.

WET AND MUDDY COBBLESTONES ARE REALLY SOMETHING ELSE. IT’S LIKE HAVING A LAYER OF SOAP ON THEM.

Tom Boonen, four-time Paris-Roubaix winner

Prenez pas exemple la Trouée d’Arenberg. C'est l'un des trois secteurs de catégorie 5 (avec Mons-en-Pévèle et le Carrefour de l’arbre), et souvent celui où éclate le feux d'artifice de Paris-Roubaix. C'est 2 400 m de secousses ininterrompues. Lorsqu'on en sort, on a l'impression de rouler sur du velours. Avez-vous quelque chose comme cela sur votre itinéraire ? Si oui, vous avez de quoi préparer une sortie mémorable pour vous et vos amis, mais n'en faites pas trop : les pavés ne représentent pas plus qu'environ 20 % de Paris-Roubaix. Trouvez le bon équilibre. Un véritable enfer du nor(mal), c'est autant de souffrance que de pur plaisir.

Quelques suggestions de secteurs pour vous :

Revêtement en mauvais état Pensez à ces routes que vous évitez habituellement parce qu'elles sont trouées comme du gruyère. Et bien, intégrez-les dans votre itinéraire. Si vous trouvez une route faiblement fréquentée avec le panneau « chaussée en mauvais état », vous avez tiré le gros lot. C'est ce qu'il faut pour mettre à l'épreuve vos aptitudes cyclistes. Demandez à vos amis (et à d'autres personnes avec qui vous roulez) des suggestions de routes que vous ne connaissez pas, car il n'y a pas meilleur conseiller qu'un autre cycliste. Et il y a toujours Internet.

Vous avez des paves ? Avant d'éliminer complètement les pavés de vos options d'itinéraires, êtes-vous certain de ne pas en trouver près de chez vous ? Certaines villes ont encore des rues pavées ou mal revêtues. Avez-vous regardé autour des voies ferrées ? Essayez aussi les vieux quartiers ou les anciennes zones industrielles. Par exemple, ici à New York, le district de Meatpacking à Manhattan ou le quartier de DUMBO près du front de mer fera très bien l’affaire.

Routes de gravier Ah, béni soit le gravier ! Si vous n'avez pas de pavés, le gravier le remplace très bien. Trouvez des allées de gravier et des chemins ruraux cahoteux entre de belles routes bien revêtues, un peu comme sur Paris-Roubaix, où le peloton ne cesse de passer du bitume lisse aux pavés cahoteux et vice versa. Essayez changer de surface routière au moins une ou deux fois pendant votre sortie.

Chemins forestiers Les chemins forestiers peuvent aussi compléter utilement votre enfer du Nor(mal). Ils sont parfois pentus, et souvent parsemés d'obstacles comme des ornières, des branches, des arbres abattus et, si vous avez de la chance, des passages à gué. Assurez-vous que vous avez le droit d'emprunter les chemins forestiers des environs et préparez votre itinéraire en conséquence. Choisissez-en qui peuvent être empruntés avec un vélo de cylocross parce que si vous pénétrez le territoire du VTT, vous sortez un peu de l'esprit de l'enfer du Nor(mal).

Considérations diverses Chemins de terre anciens, singletracks faciles (sans pentes trop marquées ni caillasses trop méchantes), ponts, tunnels, ruelles, voies ferrées converties en voies cyclables : envisagez tout ce qui pourrait rendre votre parcours plus intéressant et/ou stimulant. En fait, tout ce qui peut ajouter une pincée de souffrance à une assiette par ailleurs remplie de plaisir cycliste. Pour l'authenticité, pourquoi ne pas ajouter un passage à niveau ? Il n'est pas rare qu'un train interrompe une course cycliste, notamment Paris-Roubaix (le « Traingate » de l'année dernière en est un bon exemple), mais n'oubliez pas : franchir une barrière abaissée entraîne la disqualification.

YOU HAVE TO LOOK WHERE THE COBBLES ARE… [PAUSE] I CAN'T SAY THE SMOOTHEST, BUT 'LESS BAD' ACTUALLY. MOSTLY THAT’S IN THE MIDDLE OF THE ROAD.

Niki Terpstra, winner Paris-Roubaix, 2014

CHOISISSEZ LA BONNE MONTURE

La sélection des vitesses est cruciale sur Paris-Roubaix. Les changements constants entre secteurs pavés et routes lisses demandent un vélo rapide sur l'asphalte mais confortable sur les pavés. De la même façon, pour votre enfer du Nor(mal), vous devrez baser votre choix de vélo sur l'itinéraire. Routes forestières et passages à gué ? Peut-être un Crux avec des pneus plus costauds, avec un peu de crampons... Si vous allez seulement alterner routes revêtues et chemins de terre sans surprises, vous pourrez vous contenter de troquer les pneus de 25 mm contre des 28 mm sur votre vélo de route.

C'est généralement ce que font les pros : ils montent des boyaux de 27 mm pour gérer les conditions de Paris-Roubaix.

Une fois la question du vélo réglée, les mécaniciens d'équipe sur le Paris-Roubaix ajouteront aussi quelques trucs à eux pour rendre les secousses plus supportables.

Conseil n° 1 : Envisagez de doubler l'épaisseur du ruban de cintre, ce qui atténuera les vibrations transmises à vos mains.

Conseil n° 2 : Du ruban adhésif antidérapant sur l'intérieur du porte-bidon peut éviter de perdre un bidon sur les cahots. Dans une course comme Paris-Roubaix, l'alimentation est essentielle et vous ne pouvez pas faire demi-tour pour le récupérer.

Conseil n° 3 : Trouvez votre pression de gonflage optimale, adaptée pour à la fois aller vite sur le bitume et amortir les chocs sur les mauvaises surfaces. Trop faible, vous risquez la crevaison par pincement. Trop élevée, vous souffrirez le martyr sur les pavés (ou équivalent).

IF YOU HAVE GOOD SPEED, THEN YOU DON'T FEEL THEM. YOU FEEL THEM OF COURSE, BUT YOU GO SMOOTHLY OVER THEM. IF YOU GO A LITTLE BIT SLOWER, THEN IT'S NOT SO FINE - YOU’RE BUMPING ALL THE WAY, GOING LEFT-RIGHT-LEFT-RIGHT TO FIND A GOOD SPOT ON THE COBBLES. [PAUSE] THERE IS NO GOOD SPOT ON THE COBBLES.

Lars Boom, Astana

LES PAVÉS DU 101ÈME KILOMÉTRE

Lors de votre sortie, vous devrez faire beaucoup des choses que font les pros sur Paris-Roubaix, comme choisir la bonne trajectoire, maintenir la bonne vitesse et conserver l'élan, et éviter les obstacles avec une habilité diabolique. Les pavés sont seulement à l'extrémité du spectre de qualité des surfaces.

Conseil n° 1 : Roulez vite Lorsque vous atteignez les secteurs pavés, l'accélération est votre alliée. Essayez de conserver votre vitesse, elle vous aidera à « flotter » (rire) sur les bosses. Vous ne me croyez pas ? Écoutez Tom Boonen : « Les pavés, c’est comme de la colle. Ils essayent de vous ralentir, parce que chaque fois que votre roue rencontre un obstacle, vous devez dépenser de l'énergie pour le surmonter. Plus vous pourrez maintenir votre vitesse à un niveau élevé, plus ce sera facile au bout du compte. Vous économiserez plus d'énergie que les autres. »

Conseil n° 2 : Choisissez la bonne ligne Roulez sur la partie bombée au centre de la route, c'est la moins endommagée par la circulation (des tracteurs dans le cas de Paris-Roubaix). Si elle est aussi en mauvais état, vous aurez peut-être à changer constamment de ligne. Les conseils de Lars Boom de l'équipe Astana pour « lire » une ligne sur les pavés : « Quand je suis au milieu du groupe, je regarde toujours ce que font les coureurs devant moi. Quand je les vois se soulever ou s'abaisser un peu, c'est qu'il y a un trou ou un truc spécial sur les pavés. J'essaye toujours de m'adapter lorsque je vois les gars faire un mouvement. S'il y a un trou, faites un petit saut. Sur les pavés, on passe son temps à corriger sa trajectoire. »

Conseil n° 3 : Domptez le cyclocrosseur qui est en vous

Boom compare aussi les changements constants de trajectoire à la compétition cyclocross, une expérience qu'il juge utile : « En compétition de cyclocross, dans la boue, on change constamment de direction. […] Je me sens à l'aise sur les pavés parce que c'est comme en cyclocross, on est tout le temps à se battre avec son vélo. » Zdeněk Štybar de l'équipe Etixx – Quick-Step partage ce sentiment : « Cela secoue vraiment beaucoup, mais j'ai l'habitude avec le cyclocross. C'est peut-être ce qui me permet d'économiser de l'énergie pour l'arrivée. »

ATTEINDRE LE VÉLODROME EST TOUJOURS UN PLAISIR. C'EST COMME « WAOUH ! NOUS AVONS RÉUSSI ! PARIS-ROUBAIX EST PRESQUE TERMINÉ ! »

Lars Boom, Astana

LE V DE LA VICTOIRE ET DU VÉLODROME

Paris-Roubaix est une course à l'ancienne. Comme cette tante qui continue de mettre des napperons sous ses figurines de collection, elle s'accroche à la tradition de l'arrivée dans un vélodrome. Ce qui donne au coureur détaché la possibilité de faire un tour d'honneur ou aux autres de se lancer dans un dernier sprint s'ils ont encore un peu d'énergie, avant de s'effondrer sur l'herbe sous l'objectif des photographes.

L'arrivée est un moment magnifique, à la hauteur de la brutalité de la journée. Les coureurs se dirigent vers les douches ou leurs cars pour se lamenter sur la cruauté de l'épreuve, leurs mécaniciens ou leur sort, ou pour célébrer la petite victoire que constitue le fait de terminer Paris-Roubaix, quel que soit le classement. Oui, ils sont venus à bout de l'enfer du Nord. »

Alors comment retrouver cet esprit ? Pour commencer, préparez la fin de votre sortie aussi soigneusement que son début. Votre enfer du Nor(mal) doit se terminer avec style. Ce pourra être prendre une bière sous la douche avant de faire un barbecue, ou finir dans un fast-food, à boire de la bière bon marché et à discuter épuisé mais heureux, toujours vêtu de sa tenue sale. Faites en sorte que la récompense fasse partie de l'expérience.

Lorsque vous regardez les gens qui ont partagé cette expérience avec vous, tout ce qui vous reste à faire, c'est d'évaluer la réussite de votre enfer du Nor(mal). Vous vous sentez cassé mais comblé ? C’est gagné. Vous pouvez vous faire le film au ralenti de votre groupe dans la partie la plus dure de votre Enfer du Nor(mal) au son de la BO exaltante de « Storming the castle » ? Alors, vous avez vraiment atteint votre objectif.

CHECKLIST FINALE

  1. Préparez un itinéraire qui comprend plus d'un type de terrain. Paris-Roubaix alterne constamment pavé et bitume. Variez les plaisirs.
  2. Prévoyez au moins une vraie difficulté. Une grimpée bien raide ? Un passage à gué ? Trouvez quelque chose qui pourrait entrer dans la catégorie 5.
  3. Adaptez la longueur du parcours aux difficultés, à la rudesse du terrain et au pur plaisir. N'oubliez pas : le but, c'est autant de se faire mal que de se faire plaisir.
  4. Le V de la Victoire et du Vélodrome. Faites en sorte que votre sortie se termine sur une note très positive qui compense largement toutes les souffrances.
  5. On profite mieux des trucs un peu cinglés à plusieurs, alors invitez des potes. Choisissez comme devise « Faire un truc fou à deux, c'est bien. À trois, c'est mieux. À cinq, c'est excellent ! »
  6. Même si Paris-Roubaix est une guerre d'usure, roulez ensemble. Prenez des photos. Éclatez-vous.