YONDER JOURNAL : LES APPALACHES PENNSYLVANIENNES

Nager ou ne pas nager ? Telle est la question. Dans cette deuxième partie de l'aventure appalachienne du Yonder Journal, l'équipe décide de changer de plan en cours de route, préférant le fun à la difficulté. Va-t-elle trouver le coin baignade idéal ? Pour le savoir, lisez la suite.

DEAD RECKONING

CHANGEMENT DE PLAN EN PENNSYLVANIE

L’université State College est à l'origine de la ville pennsylvanienne du même nom, située dans le cadre peut-être le plus bucolique que j'ai jamais vu. Vers le nord et le sud, de grandes étendues de collines bleu-vert barrent l'horizon, formant comme la vague d’un raz-de-marée qui menacerait la vallée depuis des millénaires. Le fond de celle-ci est un patchwork d'émeraude et d'or. On a l’impression de se trouver dans un pays de cocagne où tout peut pousser.

Notre humble troupe d'aventuriers est arrivée en ville quelques semaines après le début des vacances d'été de la fac. Les étudiants étaient partis pour leurs jobs d'été, stages ou séjours de récupération sur le canapé des parents après 3 mois sans grasse matinée, et nous avions l'impression, en déambulant en ville, de marcher avec des chaussures beaucoup trop grandes pour nous. Il régnait une impression de vide, d'étrangeté, un peu comme si nous regardions derrière un décor de cinéma. Malgré la coupure estivale, nous avons pu nous procurer tout le matériel nécessaire, à savoir une balle aki, un bandana avec un motif « constellation » et deux bâtons de randonnée.

Nous avons quitté State College bien lestés d’un copieux petit-déjeuner de crêpes. Alors que la partie vermontoise de notre aventure avait été marquée par le vent et le froid, le ciel ouvrant régulièrement ses vannes sur nous, la partie Pennsylvanie avait un côté laverie automatique, humide et chaud. Au moins, cela changeait. Après une première montée/descente en quittant la ville, nous nous sommes retrouvés sur des chemins de gravillon gris ardoise tacheté de pierres sombres. Des chemins entièrement à nous : pendant toute la journée, nous n'avons rencontré qu'une seule voiture.

La conversation a pris peu ou prou la tournure suivante mais, dans l’obscurité, impossible de dire qui a dit quoi :

Personne 1 : « Les gars, j'en ai un peu marre. Ces collines, on n'en voit pas la fin ». Tous les autres : « Ouais ». Personne 2 : « Est-ce qu'il faut vraiment continuer comme ça ? On fait ce qu'on veut, non ? ». Personne 3 : « Complètement, c'est nous qui décidons. » Tous les autres : « Ouais ». Personne 4 : « J’ai pas envie de rouler toute la journée pour arriver à la nuit, c'est pas une course, c'est une randonnée, on est passé devant pas mal de lieux de baignade sympa ». Personne 5 : « T'as raison, prenons le temps de piquer une tête, de nous arrêter dans des patelins, de prendre des photos… ». Personne 6 : « D’accord, profitons-en un peu plus. » Tous les autres : « Ouais ! ». Personne 7 : « Hé, je voulais dire quelque chose. Voilà, c’est fait ».

Nous avons donc décidé de changer de plan. La seule certitude est que nous avions réservé un emplacement dans un camping au bord d'un lac et que nous voulions profiter de l’eau. Le matin, nous avons réduit la distance, puis nous nous sommes arrêtés dans une petite ville où nous avons mangé une pizza, d’ailleurs pas très bonne, et bu dans des gobelets en polystyrène (je n'avais pas vu le polystyrène utilisé avec une telle désinvolture depuis des années). Plus tard, nous avons suivi un cheval et une calèche Amish jusqu'à une station-service/supérette, où nous avons traîné avant de faire une sieste à l'ombre sur le coin d'herbe « RÉSERVÉ AUX CLIENTS ». Nous n'avons pas roulé tout le temps sur des chemins, mais les routes étaient pour la plupart petites et tranquilles. La météo était agréable, comme si les fenêtres de la laverie automatique avaient été ouvertes en grand, et une légère brise caressait nos visages en roulant.

Une fois arrivés au camp, nous avons assouvi notre envie de baignade. L'eau était rafraîchissante, la lumière était dorée et accueillante. Ca fait rêver, non ? Plus tard le même soir, Judy, la dame du camping, nous a rejoints avec des hotdogs, des petits pains et un fagot de bois tiré de son stock personnel, le tout gratuitement. Tout fonctionnait à merveille, nous n'avions pas à nous inquiéter de ce qui pouvait bien nous attendre. Je ne me rappelle même pas m'être soucié des moustiques. Nous avions la chance de notre côté, tout roulait.

Lors du troisième et dernier jour, nous nous sommes égarés sur des chemins que nous croyions publics, et l’un de nous a dû abréger les souffrances d’un porc-épic blessé, mais c'est à peu près tout ce qu’il y a à signaler. Et même s'il était difficile de ne pas éprouver un peu de tristesse pour le porc-épic, les demi-tours sur des chemins privés faisaient partie de l'aventure. Du reste, cela ajoutait un peu d'excitation et d'inquiétude à une journée par ailleurs tout à fait sereine et agréable, un peu de yin qui faisait ressortir le yang. Nous nous sommes même arrêtés dans une baraque à glaces posée en face d'une ferme laitière et nous avons recontré une prof de Los Angeles qui a discuté avec « notre » prof de Los Angeles (Moi Medina). Elle nous a parlé d'un charmant petit marché qu'il fallait absolument visiter avant de revenir en ville.

La morale de l'histoire est que de bonnes choses, comme déguster des glaces au milieu de nulle part ou se faire offrir des hot dogs au camping, arrivent quand on s'accorde un peu de souplesse, au niveau du mental et de l’exécution d’un plan. Nous ne vous conseillons pas de toujours changer de programme en cours de route, seulement d'être à l'écoute de votre cœur et de celui de vos compagnons de route. Alors, quand ces cœurs disent « et si on changeait de plan ? », faites-le. Comme on dit au Yonder Journal : « Il faut toujours se faire confiance. »