YONDER JOURNAL : SEQUOIA ET TROUS D'EAU

D'étranges histoires et des endroits plus étranges encore : le Yonder Journal a emporté ses Sequoia et AWOL dans l'État mythique de Jefferson à la recherche des trous d'eau perdus de Wiley Jeb.

DEAD RECKONING

À L’EXPLORATION DES TROUS D'EAU DE L'ÉTAT MYTHIQUE DE JEFFERSON

Dans l'État mythique de Jefferson court une légende à propos d'un ancien répondant au nom de Wiley Jeb. On dit que Jeb était un courtier important de New-York pendant les Années folles : hauts-de-forme, Scott Fitzgerald et tout le tralala. Avec la crise de 1929, Jeb a tout perdu et s'est retrouvé à la rue. Sa femme l'a quitté pour un chauffeur de taxi qui pouvait acheter à manger, ses amis du club privé l'ont snobbé, même son chien ne répondait plus à son appel. Il était vraiment sur la paille. Mais un jour qu'il était couché à plat ventre dans le caniveau, avec l’intention de se laisser mourir, et qu’il regardait l'eau de la rue s’écouler à travers la grille d'égout, il vit une brindille tourner lentement dans l'eau saumâtre du caniveau. Le malheureux eut alors une vision. Il s'imagina faire la même chose, flotter béatement dans l'étreinte primale d'une onde paresseuse. Il avait trouvé sa vocation, qui était de se lover dans les bras d'une rivière accueillante, de trouver un éden fluide et pur, de flotter dans une tranquillité méditative tout en s’ouvrant à une transcendance spirituelle et émotionnelle.

À compter de ce jour, il fut en chasse, ballot sur l'épaule, errant d'État en État à la recherche du trou d'eau de sa vision. Du nord au sud, d'est en ouest, il passa la campagne au peigne fin. Pendant plus de deux décennies, Jeb vagabonda à travers les États-Unis. Évidemment, dans ce grand pays, il fut tenté par beaucoup de trous d'eau, mais aucun ne répondait totalement à ses attentes : trop rapide, trop lent, trop sale, trop propre, trop chaud, trop froid, trop de gens, pas assez de plage. Wiley Jeb avait sa vision, et il était décidé à trouver la correspondance parfaite.

Sa recherche finit par le conduire dans la forêt nationale de Shasta-Trinity, dans ce qui aurait pu devenir l'État de Jefferson. C'est là que Wiley Jeb trouva son Shangri-La des trous d'eau. Dans les eaux fraîches et limpides des bras nord et sud de la Salmon River, dans la Klamath River, dans la Trinity River et dans les innombrables ruisseaux, lacs, étangs et sources de la région, Wiley Jeb découvrit le paradis qu'il cherchait. À partir de ce moment-là, il passa ses étés dans ces eaux idylliques et ses hivers dans une cabane délabrée au milieu de la forêt, se baignant dans une baignoire chauffée au bois qu'il rafraîchissait continuellement avec l'eau d'une rivière proche. Naturellement, il y a d'autres endroits des États-Unis où l'on peut flotter toute l'année, mais Jeb privilégiait la qualité à la quantité. Il passait tant de temps immergé dans ces rivières qu’on disait que si vous tombiez sur lui, il serait nu comme un vers et si ridé qu'il ressemblerait à un bibendum dégonflé. Cependant, avec l'accroissement de la population de l'État de Jefferson, les apparitions de Wiley Jeb se firent de plus en plus rares. Personne ne sait exactement ce qui lui est arrivé, mais la plupart des gens croient qu'il s'est simplement fondu à la rivière, ne faisant plus qu'un avec elle et réalisant son rêve.

Peut-être le Yonder Journal a-t-il entendu cette légende d'un vieux « corn dogger » (voir ci-après) ou l'a-t-il lue dans un journal froissé et déchiré trouvé dans un grenier, nous ne savons plus. Toujours est-il que nous y avons cru et que nous avons entrepris de trouver les trous d'eau magiques qui ont séduit Wiley Jeb. Mais pour ce faire, nous avions besoin d'un guide, d'une personne du coin qui non seulement connaissait bien la région mais qui avait aussi le pouvoir de deviner ses secrets. Par chance, nous l'avions déjà.

Mike Cherney est un magicien, alchimiste, sage et descendeur qui vit à Happy Camp et connaît parfaitement l'État mythique. C'est notre ami et il accepté de nous guider. En contrepartie, il a exigé que si nous trouvions ces trous d’eau mythiques, nous leurs rendions hommage en prenant notre temps, en traînant dedans le plus de temps possible et en ne repartant pas trop vite. Nous avons accédé sans trop forcer à sa demande. Une expédition de cette ampleur nécessitait une équipe forte. Nous avons donc formé une escouade de « corn doggers » (« corn dogging » étant l'expression fourre-tout pour désigner la baignade, le camping, le glandage, la pause ravitaillement et, d'une manière plus générale, le fait de profiter de la vie au lieu de s’arracher les mollets à accomplir 200 km par jour). À la mi-juillet, une fois l'équipe constituée, nous sommes partis pour une excursion cycliste de quatre jours. Nous avons équipé nos Sequoia et AWOL de tout le nécessaire : café, assortiment de fruits secs et noix, maillots de bain, etc. Nous étions parés pour toutes les situations, de l'eau un peu rapide à l'eau totalement dormante.

Avons-nous trouvé les trous d’eau mythiques de Wiley Jeb, nous sommes-nous baignés dans leurs eaux, avons-nous glandé sur leurs rives et avons-nous parcouru des kilomètres et des kilomètres de singletracks pour y parvenir ? Oui. Complètement. Pour un compte rendu complet de ces quatre jours, allez voir le Yonder Journal. Mais avant, sachez que ce que vous y verrez vous fera probablement quitter votre travail, attraper votre vélo et votre maillot de bain et filer vers l'État mythique de Jefferson.